L’album « des Visages et des Figures » s’avère par maints côtés différent des précédents, signant une sorte de tournant dans l’orientation musicale du groupe. Non pas que le feu et la verve aient été délaissés pour des choses plus stéréotypiquement radoucies et hypothétiquement plus mâtures : une large place est simplement faite à des embardées musicales qui sortent a priori du style empreint de violence qui a fait le succès du groupe, avec "Tostaky" par exemple.
Ainsi, toute une série de titres s’avère très calme - trop peut-être diront certains - , avec notamment le single "Le Vent L'emportera" - actuellement diffusé sur les ondes - , où les guitares se font acoustiques et la voix presque timide… On notera pour cette chanson la participation de Manu Chao à la guitare et de Akosh Szelevenyi - le jazzman hongrois, saxophoniste attitré de Noir désir. "L'Appartement", "Des Visages Des Figures" et "Des Armes" - qui résulte de la mise en musique d’un texte de Léo Ferré : exceptionnel ! - sont également à ranger du côté apaisé et retenu de cet album, qui prend grâce à ces titres une saveur particulière, et extrêmement agréable, de renouveau.
Néanmoins, la puissance « noir-désirienne » est également de la partie, avec des titres comme "Son Style 1" qui voit le retour aux bonnes vieilles guitares saturées, ou encore "A L'envers - A L'endroit", qui démontre à lui seul la force poétique du groupe et sa flamme un peu brutale…
Pour parfaire l’impression de nouveauté, tout en s’inscrivant incontestablement dans la veine si caractéristique de Noir désir, l’album nous "assène" un titre bizarroïde , "L’Europe" : long de vingt-trois minutes (!), tout à fait étrange tant par ces paroles que par l’ambiance free-jazz créée par Akosh, cette chanson voit l’apparition de Brigitte Fontaine - dont la seule présence est génératrice d’étrangeté. Cette dernière rend ici la politesse faite par la contribution du groupe à son album « Kekeland », avec le titre "Baby boom boom".
« des Visages et des Figures » ne déçoit pas, loin de là ; au contraire, il surprend et ravit par les directions esthétiques inattendues et fertiles des titres, par les collaborations artistiquement fructueuses. Il souligne la maîtrise de Noir Dés’, et sa capacité à explorer des terres nouvelles sans perdre ce qui fait son essence, à savoir le génie poétique et la puissance musicale. Cela peut se résumer en un mot : le talent…